Les
amateurs de beau football se réjouissent de voir les deux équipes qui
ont pratiqué le meilleur jeu de cette Copa America 2015 se retrouver en
finale, ce 4 juillet à Santiago. Pourtant, le choc entre le Chili et
l’Argentine risque d’être terni par un climat belliqueux dans les
tribunes et dans les médias, par un arbitrage beaucoup trop laxiste
jusqu’à présent et par le fait qu’Argentins et Chiliens ont vraiment
besoin de gagner ce trophée presque centenaire.
La
finale de la Copa America 2015, ce 4 juillet à partir de 20h (TU),
s’annonce comme un sommet du football. Sur la pelouse, il y aura
notamment quatre finalistes de la dernière Ligue des champions
européenne : Lionel Messi et Javier Mascherano pour l’Argentine, Claudio
Bravo et Arturo Vidal pour le Chili. Mais aussi beaucoup d’autres
stars, comme les Argentins Sergio Agüero, Angel Di Maria et Gonzalo
Higuain ou le Chilien Alexis Sanchez.
Pour ses 99 ans, la plus
ancienne compétition de nations au monde n’a rien à envier à son
homologue européenne, le Championnat d’Europe, pourtant créée plus
récemment (en 1960) et mieux dotée.
Cette Copa America 2015 a tenu
toutes ses promesses. Elle a pourtant commencé le 11 juin, dans les
miasmes d’un « FIFAgate » qui touche de nombreux dirigeants
sud-américains, soupçonnés entre autres d’avoir fait de cette coupe
sud-américaine des nations un moyen de s’enrichir à coups de
pots-de-vin.
Certes, des équipes très attendues, comme le Brésil
de Neymar ou la Colombie de James Rodriguez et Falcao, ont plutôt déçu.
Mais d’autres formations beaucoup moins attendues, comme le Pérou, le
Paraguay ou même le Venezuela, ont relevé le défi, confirmant la
réputation de tournoi très relevé de cette Copa America née en 1916.
Le Chili la veut tellement
Pour
le Chili, l’un des trois cancres sud-américains qui n’a jamais remporté
le tournoi (les deux autres sont l’Equateur et le Venezuela), le rêve
d’enfin y parvenir s’est transformé en obsession à mesure que la Roja
(le surnom de l’équipe nationale) terrassait ses adversaires. La Roja
sait que l’occasion de cette Copa America à domicile est trop belle,
après une excellente Coupe du monde 2014 où elle avait dominé le tenant
du titre, l’Espagne, mais où elle était tombée aux tirs-au-but face au
pays hôte, le Brésil.
Bâtie par l’Argentin Marcelo Bielsa entre
2007 et 2011, cette équipe chilienne s’appuie toujours sur l’héritage
laissé par celui qu’on surnomme « El Loco » (« le fou ») et poursuivi
par son compatriote Jorge Sampaoli depuis trois ans. Ses stars, Alexis
Sanchez (Arsenal/Angleterre), Claudio Bravo (Barcelone/Espagne) ou
Arturo Vidal (Juventus Turin/Italie), sont bien accompagnés par un
effectif de qualité, ou le talent d’un Jorge Valdivia (Palmeiras/Brésil)
ou d’un Eduardo Vargas (Queens Park Rangers/Angleterre), meilleur
buteur de la compétition se joignent à la solidité d’un Charles Aránguiz
(Internacional Porto Alegre/Brésil), d’un Gary Medel (Inter
Milan/Italie) ou d’un Eugenio Mena (Cruzeiro/Brésil). Le tout dans un
système de jeu « à la Bielsa », porté vers l’avant, où les brins de
folie s’accompagnent parfois de grosses lacunes défensives comme face au
Mexique (3-3) ou en demi-finales face au Pérou.
Accident de Ferrari et doigt dans les fesses
Certes, le Chili n’a pas été exemplaire sur toute la ligne depuis le
début de cette Copa America. Il y a notamment eu l’affaire Vidal. La
star turinoise, profitant d’une journée de repos un peu trop arrosée, a
terminé au commissariat après avoir provoqué un accident avec sa Ferrari
et insulté les policiers qui étaient intervenus. Il y a aussi eu le
scandale suscité par son défenseur Gonzalo Jara, suspendu pour le reste
du tournoi. Jara avait provoqué l’expulsion de l’Uruguayen Edinson
Cavani en enfonçant un doigt dans les fesses du Parisien. Enfin, un
arbitrage la plupart du temps trop favorable à l’équipe locale a suscité
des interrogations…
Un ensemble d’incidents qui ont fini par
donner à la Roja un parfum de scandale que son jeu ne mérite pas
vraiment. Favorisée par un tirage au sort clément, qui lui a évité de se
mesurer aux principaux favoris (sauf l’Uruguay en quarts de finale), le
Chili voit désormais se dresser face à son rêve la meilleure équipe de
ce tournoi.
L’Argentine fait peur
C’est peu dire que l’Argentine de Messi et compagnie fait peur, comme le
reconnaît sans ambages la presse locale. Le carton réussi par les
finalistes de la dernière Coupe du monde face au Paraguay (6-1) a
ébréché la folie nationaliste qui s’était emparée du Chili.
Une
équipe d’Argentine revisitée par le sélectionneur Gerardo Martino,
finaliste déjà de la précédente Copa America avec le Paraguay. Une
équipe dont le jeu n’a rien à voir avec celui pratiqué un an plus tôt au
Brésil. Elle évolue désormais dans un 4-3-3 qui rappelle celui du FC
Barcelone (que Martino entraînait la saison dernière), avec
l’indispensable Messi et l’incontournable Mascherano - mais sans la
qualité barcelonaise dans la remontée du ballon.
L’Argentine, qui
deviendra la meilleure équipe du monde dans le prochain classement FIFA,
dit craindre davantage l’arbitrage que ses adversaires. Un discours qui
ne risque pas d’éteindre le chauvinisme quelque peu belliqueux d’un
public chilien peu disposé à voir ses voisins soulever la Copa America
une fois encore chez lui, comme lors de la dernière édition organisée au
Chili en 1991. D’autant moins disposé que, selon le système de
rotations des pays hôtes actuellement en vigueur, le Chili ne devrait
pas accueillir la Copa America avant… 2059 !